Saint Ultan d’Ardbraccan, l’évêque qui recueillit les enfants de la peste

 

Quand l’Irlande perdait ses parents, un monastère devint une famille.




Vendredi 4 septembre 2026, XXIIe semaine du Temps ordinaire, année paire

Saint du jour : saint Ultan d’Ardbraccan


Résumé en latin ecclésiastique

Sanctus Ultanus de Ardbraccan, abbas et episcopus Hiberniae saeculo septimo, pauperes discipulos nutrivit et, secundum traditionem, infantes peste parentibus orbatos collegit. Vir doctus, vitas sanctorum Patricii et Brigidae collegisse atque hymnos composuisse dicitur. Die quarto Septembris, probabiliter anno 657, obiit. Ecclesia eum propter caritatem erga parvulos et studium litterarum veneratur.


L’Évangile du jour

« On doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves. » (Luc 5, 33-39)

Jésus ne condamne pas ce qui est ancien. Il rappelle que la nouveauté de Dieu exige parfois des formes nouvelles. Ultan comprit qu’une catastrophe exceptionnelle ne pouvait recevoir une réponse ordinaire. Devant des enfants privés de leurs parents, il ne se contenta pas de prêcher la compassion : il transforma son monastère en refuge.

Lire les textes de la messe sur l’AELF


Le dicton du jour

« À la Saint-Ultan, qui protège l’enfant sème pour longtemps. »

Ce dicton a été créé pour Ad Gloriam Ignotorum. Il ne provient pas du folklore irlandais. Il résume la fécondité d’une œuvre dont les fruits apparaissent parfois plusieurs générations plus tard.


Un évêque dans l’Irlande des monastères

Ultan vécut au VIIe siècle, dans une Irlande où les monastères étaient à la fois des lieux de prière, d’étude, d’hospitalité et de transmission culturelle. Il fut abbé et évêque d’Ardbraccan, près de l’actuelle ville de Navan, dans le comté de Meath.

Les annales irlandaises ne permettent pas de reconstituer toute sa biographie. Elles conservent cependant le souvenir d’un homme instruit, d’un responsable ecclésiastique et d’un protecteur des pauvres. Il aurait dirigé une école monastique qui recevait et nourrissait des étudiants venus de différentes régions d’Irlande.

Ultan appartenait à cette civilisation chrétienne dans laquelle recopier un manuscrit, accueillir un voyageur et nourrir un enfant relevaient d’une même mission : empêcher que la vie, la mémoire et la foi ne disparaissent.


Les enfants de la peste jaune

La tradition associe Ultan à une épidémie appelée la peste jaune, Buidhe Connaill dans les récits irlandais. Le fléau aurait emporté de nombreux adultes, laissant derrière lui des enfants trop jeunes pour se nourrir seuls.

Ultan aurait recueilli ces orphelins autour de son monastère. Certains récits parlent de cent cinquante enfants, d’autres donnent des nombres beaucoup plus élevés. Ces chiffres ne peuvent être contrôlés et la chronologie de l’épidémie demeure discutée. Le noyau de la tradition reste toutefois constant : Ultan fut considéré comme le père de ceux qui n’en avaient plus.

Le Félire d’Óengus, ancien martyrologe irlandais, le célèbre comme le grand homme sans péché autour duquel les petits prospéraient. Cette image est plus éloquente qu’un miracle éclatant : des enfants jouent autour d’un vieil évêque alors que le pays vient de traverser la mort.


Le premier biberon ?

Une tradition raconte qu’Ultan chercha un moyen de nourrir les nourrissons qui ne pouvaient plus être allaités. Il aurait rempli de lait des tétines de vache nettoyées, puis les aurait placées dans la bouche des enfants.

Présenter cet objet comme le premier biberon de l’histoire serait excessif. D’autres civilisations avaient déjà utilisé des récipients destinés à l’alimentation des nourrissons. Le récit montre néanmoins quelque chose d’essentiel : la charité d’Ultan n’était pas seulement émotive. Elle devenait inventive.

Il ne suffisait pas d’aimer les enfants en général. Il fallait trouver comment nourrir concrètement chacun d’eux. La compassion devenait technique, organisation et persévérance.


Le scribe de sainte Brigitte

Ultan fut également associé à la transmission de la mémoire de sainte Brigitte de Kildare. Une ancienne tradition en fait son parent, parfois même son oncle maternel. Cette parenté est chronologiquement très improbable, puisque Brigitte mourut au début du VIe siècle et qu’Ultan semble avoir vécu jusqu’au milieu du VIIe.

Il est plus vraisemblable qu’Ultan ait recueilli des traditions concernant la sainte pour son disciple Broccán. On lui attribue aussi des textes sur saint Patrick et un hymne latin en l’honneur de Brigitte, commençant par les mots Christus in nostra insula.

Le protecteur des enfants était donc également un gardien des récits. Il sauvait les vies menacées par l’épidémie et les mémoires menacées par l’oubli.


Ce que nous savons vraiment

Les annalistes proposent plusieurs dates pour la mort d’Ultan : 653, 656, 657 ou 662. La date de 657, retenue dans plusieurs ouvrages, demeure la plus communément citée. Sa mort est placée au 4 septembre, jour où sa fête a été célébrée.

La tradition hagiographique a ensuite développé sa vie, parfois au prix d’invraisemblances chronologiques. Il faut donc distinguer trois niveaux :

  • l’existence d’un abbé-évêque nommé Ultan à Ardbraccan ;

  • sa réputation de savant et de protecteur des pauvres ;

  • les récits plus tardifs concernant le nombre d’orphelins et son procédé d’allaitement.

Reconnaître ces différences n’appauvrit pas sa mémoire. Cela permet de contempler sa sainteté sans transformer chaque détail traditionnel en certitude documentaire.


Une mémoire rendue aux enfants

En 1919, la médecin et militante irlandaise Kathleen Lynn participa à la fondation du Saint Ultan’s Infant Hospital de Dublin. L’établissement se consacra particulièrement aux enfants pauvres et développa une médecine pédiatrique attentive à leurs besoins propres.

L’hôpital ferma en 1984, mais son nom montre combien la figure d’Ultan demeurait parlante dans l’Irlande contemporaine. Un saint presque oublié ailleurs inspirait encore une institution destinée aux nourrissons les plus fragiles.


Note culturelle : Ardbraccan

Ardbraccan signifie approximativement « la hauteur de Breccan ». Le lieu fut pendant des siècles un centre religieux important du comté de Meath. Une source dédiée à saint Ultan y est toujours connue.

Dans l’iconographie moderne, le saint peut être représenté en abbé ou en évêque, entouré d’enfants, portant un manuscrit ou donnant du lait à un nourrisson.


Le prénom Ultan est-il populaire ?

Ultan demeure extrêmement rare en France. Il est mieux connu en Irlande, où il conserve son enracinement religieux et gaélique. Sa rareté le rend distinctif, mais sa prononciation et son histoire demanderont souvent une explication.


Si vous appelez votre enfant Ultan…

Vous choisirez un prénom irlandais presque inconnu en France, porté par un évêque qui unit l’intelligence, la charité et l’inventivité. Ultan n’évoque pas la puissance guerrière, mais la force nécessaire pour recueillir, nourrir et instruire les plus fragiles.


Prière à saint Ultan

Saint Ultan,
père des enfants abandonnés,
apprenez-nous à reconnaître les plus fragiles
et à leur offrir davantage que de bonnes paroles.

Inspirez les éducateurs, les médecins,
les familles d’accueil et tous ceux
qui protègent l’enfance.

Donnez-nous une charité inventive,
une intelligence mise au service de la vie
et la fidélité dans les œuvres que personne ne remarque.

Amen.


Pour aller plus loin


Sources

  • Catholic Encyclopedia, « St. Ultan of Ardbraccan ».

  • Catholic Ireland, Patrick Duffy, « St Ultan of Ardbraccan ».

  • Annales et traditions hagiographiques irlandaises citées par ces deux notices.

  • AELF, lectures de la messe du 4 septembre 2026.


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Connaissiez-vous saint Ultan et son œuvre en faveur des enfants abandonnés ? Sa charité inventive vous semble-t-elle pouvoir inspirer nos institutions actuelles de protection de l’enfance ?


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