Enfant paysan qui apprit tardivement à lire, il devint théologien passioniste, forma des religieux et participa au renouveau intellectuel du catholicisme anglais jusqu’à recevoir John Henry Newman dans l’Église
Résumé en latin ecclésiastique
Beatus Dominicus Barberi, ex humili familia agricolarum natus atque puer litteris vix instructus, in Congregationem Passionis ingressus theologus et magister factus est. Doctrinam catholicam in Anglia propagavit, iuvenes religiosos formavit atque Ioannem Henricum Newman in plenam communionem Ecclesiae catholicae recepit.
Un futur théologien qui garde les moutons
Dominique Barberi naît près de Viterbe en 1792.
Sa famille appartient au monde paysan.
Ses parents meurent alors qu’il est encore enfant.
Il est recueilli par un oncle.
Sa première activité n’a rien d’universitaire :
il garde les moutons.
Puis il travaille dans les champs.
Apprendre à lire presque par hasard
Dominique ne bénéficie pas d’une véritable scolarité.
Un capucin lui enseigne quelques rudiments.
Un garçon de son âge l’aide à apprendre à lire.
Dominique découvre alors les livres.
Il lit tout ce qu’il peut trouver.
Mais il n’a toujours pas de véritable formation académique.
Le contraste avec la suite de son existence est saisissant.
Les Passionistes deviennent son université
Pendant les bouleversements napoléoniens, Dominique entre en contact avec des Passionistes.
Il finit par rejoindre leur congrégation.
Et là commence enfin son véritable parcours intellectuel.
Le jeune paysan presque sans études reçoit une formation systématique.
Philosophie.
Théologie.
Écriture.
Langues.
Prédication.
Ses capacités étonnent ses formateurs.
Du retard scolaire à l’enseignement
Dominique ne se contente pas de rattraper son retard.
Il devient lui-même professeur.
La Catholic Encyclopedia le présente explicitement comme théologien et rapporte qu’il enseigna la philosophie et la théologie dans les maisons passionistes.
C’est probablement ce qui rend son itinéraire si intéressant pour Cogito Ergo Credo.
Un enfant qui avait appris à lire sans école devient formateur de futurs prêtres.
Un auteur extrêmement prolifique
Barberi écrit énormément.
Il compose des ouvrages et traités sur :
théologie ;
philosophie ;
spiritualité ;
apologétique ;
relations entre catholicisme et protestantisme.
Son œuvre manuscrite devient considérable.
Tout n’est pas publié.
Mais le berger illettré est désormais devenu un véritable producteur de savoir théologique.
Une conviction : l’Angleterre
Barberi affirme avoir reçu très tôt une conviction intérieure particulière.
Il doit travailler à la réconciliation religieuse de l’Angleterre avec Rome.
Cette idée peut paraître presque extravagante pour un jeune paysan italien qui n’a encore jamais mis les pieds en Grande-Bretagne.
Mais elle orientera toute sa vie.
Apprendre pour convaincre
Son projet missionnaire possède une dimension intellectuelle centrale.
Il ne suffit pas de dénoncer le protestantisme.
Il faut comprendre :
l’histoire anglaise ;
les objections théologiques ;
les arguments anglicans ;
la question de l’autorité ;
l’Écriture ;
la Tradition.
Barberi prépare donc son apostolat comme un véritable travail d’argumentation.
La mission anglaise
Il arrive finalement en Angleterre dans les années 1840.
Le catholicisme anglais connaît alors un moment intellectuel exceptionnel.
À Oxford, plusieurs universitaires anglicans remettent en cause le protestantisme anglais et redécouvrent les Pères de l’Église.
C’est le fameux mouvement d’Oxford.
L’un de ses principaux représentants s’appelle John Henry Newman.
Newman cherche l’Église ancienne
Newman ne se convertit pas parce que Barberi lui aurait simplement présenté une brillante démonstration en quelques heures.
Son cheminement dure des années.
Il étudie l’histoire doctrinale.
Les Pères.
Le développement du dogme.
Les conciles.
La continuité de l’Église.
Mais au moment où il décide finalement de devenir catholique, il faut quelqu’un pour le recevoir.
Ce quelqu’un sera Dominique Barberi.
Une nuit d’octobre 1845
Le 9 octobre 1845, Barberi arrive à Littlemore, près d’Oxford.
Il est trempé par la pluie.
Newman l’attend.
Le futur cardinal demande à être reçu dans l’Église catholique.
Barberi entend sa confession et reçoit sa profession de foi.
L’un des plus grands intellectuels religieux britanniques du XIXᵉ siècle entre ainsi dans l’Église par l’intermédiaire d’un homme qui avait commencé sa vie comme berger presque illettré.
Le contraste est presque trop parfait.
Le savoir ne circule pas toujours du plus savant vers le moins savant
Newman était probablement l’homme intellectuellement le plus célèbre des deux.
Barberi n’était pourtant pas son simple faire-valoir.
Il incarnait une tradition théologique et une expérience religieuse que Newman cherchait précisément à rejoindre.
La transmission du savoir ne fonctionne donc pas toujours selon une hiérarchie scolaire.
Un professeur italien venu du monde rural peut devenir le médiateur sacramentel d’un universitaire d’Oxford.
Théologie et dialogue religieux
Barberi consacra une partie importante de ses écrits aux questions qui séparaient catholiques et anglicans.
Il chercha à répondre aux objections plutôt qu’à simplement les caricaturer.
Son travail annonce à certains égards une forme d’œcuménisme apologétique :
les divisions sont réelles,
mais elles doivent être examinées intellectuellement.
Épuisé par son travail
La mission anglaise fut difficile.
Voyages constants.
Prédications.
Confessions.
Fondations.
Polémiques.
Formation de communautés.
Barberi travaille jusqu’à l’épuisement.
Il meurt près de Reading le 27 août 1849.
Il sera béatifié en 1963.
Pourquoi appartient-il à Cogito Ergo Credo ?
Son lien avec la transmission du savoir est particulièrement fort :
quasi absence de scolarité dans son enfance ;
apprentissage tardif de la lecture ;
formation philosophique et théologique ;
professeur de philosophie ;
professeur de théologie ;
auteur de nombreux ouvrages ;
apologétique ;
étude du protestantisme anglais ;
formation de religieux ;
dialogue avec le mouvement d’Oxford ;
rôle dans la conversion de John Henry Newman.
Dominique Barberi montre qu’un manque d’éducation initiale ne détermine pas nécessairement la capacité intellectuelle d’une vie entière.
Note culturelle
Barberi est connu dans le monde anglophone sous le nom de Dominic of the Mother of God ou Dominic Barberi.
Sa mémoire reste particulièrement attachée à Newman.
Le futur cardinal dira de lui qu’il avait été profondément impressionné par sa sainteté personnelle.
Le professeur italien et l’intellectuel d’Oxford représentent deux chemins radicalement différents vers une même quête de vérité.
Sources
Catholic Encyclopedia, « Dominic of the Mother of God », formation, enseignement et mission anglaise.
Ökumenisches Heiligenlexikon, reprise de la notice historique sur Barberi.
Données biographiques sur sa mort le 27 août 1849 et son rôle auprès de Newman.
Pour aller plus loin
Bede Jarrett, le dominicain qui ramena les frères prêcheurs à Oxford après quatre siècles
Oxford constitue un pont évident entre les deux : Barberi rencontre le mouvement d’Oxford au XIXᵉ siècle ; Jarrett y réinstalle durablement une présence intellectuelle catholique au XXᵉ.
Saint Thomas d’Aquin, le théologien qui prépara l’intelligence scientifique de l’Occident
Barberi fut lui aussi formé dans une culture scolastique où philosophie rationnelle et théologie doivent travailler ensemble.
Joseph de Calasanz, le prêtre qui inventa l’école gratuite pour les pauvres
Le rapprochement est social autant qu’intellectuel : l’enfant pauvre ou mal scolarisé peut devenir un acteur majeur de la vie intellectuelle lorsque l’accès au savoir lui est ouvert.
Herluin du Bec, le chevalier illettré qui fonda l’une des grandes écoles de l’Europe médiévale
Herluin et Barberi ont un point commun remarquable : ils démontrent qu’une formation tardive n’interdit ni l’intelligence ni une influence intellectuelle considérable.
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L’histoire de Dominique Barberi ne rappelle-t-elle pas que l’absence d’école et l’absence d’intelligence sont deux choses totalement différentes ?
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