Saint Symmaque, le pape qui gouverna face à un antipap


Né en Sardaigne et converti au christianisme, il dut défendre son élection durant l’un des plus violents schismes de la Rome pontificale





Évangile du jour

Évangile selon saint Matthieu, chapitre 13, versets 24 à 43

« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. »

Dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, les serviteurs veulent arracher immédiatement les mauvaises herbes. Le maître leur demande d’attendre, de peur qu’en supprimant l’ivraie ils n’arrachent également le blé. Cet Évangile est proposé pour le dimanche 19 juillet 2026.

L’image convient particulièrement au pontificat de Symmaque. À Rome, deux hommes se prétendirent simultanément pape. Les factions s’affrontèrent, les accusations se multiplièrent et les églises elles-mêmes devinrent des enjeux de pouvoir. Il fallut du temps pour que la situation soit tranchée. Comme dans la parabole, le bon grain et l’ivraie semblaient parfois pousser dans le même champ, avec cette difficulté supplémentaire : chacun était persuadé d’être le bon grain.


Dicton inventé

« À la Saint-Symmaque, garde la foi quand la discorde attaque. »


Le pape élu deux fois, malgré lui

Symmaque naquit en Sardaigne au Ve siècle, alors que l’île appartenait au royaume vandale. Son père portait le nom étonnamment optimiste de Fortunatus, « le fortuné ». Selon plusieurs traditions, Symmaque serait né dans une famille païenne avant de recevoir le baptême à Rome. Il entra ensuite dans le clergé et devint archidiacre sous le pape Anastase II.

À la mort de ce dernier, Symmaque fut élu évêque de Rome le 22 novembre 498. Mais une faction opposée élut le même jour l’archiprêtre Laurent. Symmaque fut consacré au Latran tandis que Laurent recevait sa propre consécration dans une autre basilique romaine. Rome se réveilla donc avec deux papes, ce qui constitue déjà une complication administrative assez sérieuse.

Le roi ostrogoth Théodoric fut appelé à arbitrer. Il reconnut d’abord Symmaque, estimant qu’il avait été élu le premier et qu’il bénéficiait du soutien du plus grand nombre. Un synode réuni en 499 tenta de rétablir l’unité et Laurent reçut le siège de Nocera, en Campanie. La querelle aurait pu s’arrêter là. Elle repartit pourtant avec davantage de violence.

Des accusations graves furent portées contre Symmaque. Il fut convoqué devant plusieurs assemblées ecclésiastiques, tandis que ses adversaires reprenaient le contrôle de certaines églises romaines. Pendant plusieurs années, Laurent résida à Rome et gouverna une partie du clergé comme s’il était le véritable pape. Des affrontements éclatèrent entre les deux camps.

Symmaque dut quitter le Latran et se réfugier près de la basilique Saint-Pierre. Cette situation aurait contribué à l’établissement de la première résidence pontificale importante dans le secteur du Vatican. Le centre de la papauté commençait ainsi, par nécessité plus que par grand projet urbanistique, à se rapprocher du tombeau de saint Pierre. Vatican News attribue également à Symmaque la construction du premier palais pontifical au Vatican.

Le conflit prit fin vers 506, lorsque Théodoric retira son soutien à Laurent et ordonna que les églises romaines soient rendues à Symmaque. Celui-ci put alors exercer plus paisiblement son ministère jusqu’à sa mort, le 19 juillet 514. Il fut enterré dans la basilique Saint-Pierre.

Son pontificat ne se résuma pourtant pas à cette lutte. Il fit construire, restaurer ou décorer plusieurs églises et organisa l’assistance aux pauvres, aux évêques exilés et aux chrétiens persécutés. Les sources anciennes lui attribuent notamment des travaux près de Saint-Pierre, à Sainte-Agnès et dans plusieurs sanctuaires romains.

Symmaque traversa donc l’une des périodes les plus confuses de l’histoire pontificale. Il ne sauva pas Rome à lui seul, mais il préserva la continuité de son siège au milieu d’un conflit où les considérations théologiques, politiques et personnelles étaient étroitement mêlées.


Étymologie et variantes du prénom

Symmaque vient du grec ancien Σύμμαχος, Sýmmachos. Le nom est formé de syn, « avec » ou « ensemble », et de machê, « combat ». Il peut donc se traduire par :

  • « celui qui combat avec » ;

  • « le compagnon d’armes » ;

  • « l’allié » ;

  • « celui qui lutte aux côtés des autres ».

Le nom fut latinisé sous la forme Symmachus, devenue Symmaque en français.

Le sens convient presque trop bien à ce pape. Symmaque passa une grande partie de son pontificat à chercher des alliés, à défendre ses partisans et à combattre, spirituellement et politiquement, une faction rivale.


Note culturelle

Symmaque ne fut pas le premier personnage célèbre à porter ce nom. Le sénateur romain Quintus Aurelius Symmaque, mort environ un siècle auparavant, fut l’un des derniers grands défenseurs publics de la religion traditionnelle romaine face au christianisme.

Le contraste est savoureux : un Symmaque défendit les anciens dieux de Rome, tandis qu’un autre devint pape et saint. Le même prénom relie ainsi deux mondes qui s’affrontèrent au moment où l’Empire romain devenait progressivement chrétien.

Le nom fut également porté par un traducteur antique de la Bible hébraïque en grec, connu sous le nom de Symmaque l’Ébionite. Le prénom possédait donc une véritable réputation intellectuelle et politique dans l’Antiquité tardive.


Popularité du nom selon les siècles

Dans l’Antiquité

Symmaque était un nom connu dans le monde gréco-romain. Il pouvait être utilisé comme nom personnel ou comme cognomen, notamment dans les familles cultivées de l’Empire. Plusieurs fonctionnaires, auteurs, traducteurs et ecclésiastiques le portèrent.

Au haut Moyen Âge

Le prestige du pape Symmaque permit au nom de demeurer présent dans les calendriers et les ouvrages ecclésiastiques. Il ne semble toutefois pas avoir connu une large diffusion baptismale en Occident.

Du Moyen Âge à l’époque moderne

Le prénom disparut presque entièrement de l’usage courant. Sa consonance grecque, sa prononciation inhabituelle et la célébrité relativement limitée du pape en dehors des milieux ecclésiastiques n’encouragèrent pas sa transmission.

Aujourd’hui

Symmaque est devenu extrêmement rare. Il subsiste essentiellement dans les ouvrages historiques, les listes pontificales et les calendriers des saints. Il n’appartient pas aux prénoms régulièrement attribués en France.

Il possède pourtant tout ce que recherchent les amateurs de prénoms anciens : une étymologie forte, un saint patron, un pape, un sénateur romain, un traducteur biblique et presque aucune chance de rencontrer trois autres Symmaque dans la même classe.


Formes étrangères et dérivés éventuels

Symmachus : forme latine et anglaise savante.

Sýmmachos ou Symmachos : forme grecque ancienne.

Simmaco : forme italienne.

Símaco : forme espagnole ou portugaise rencontrée dans certaines traditions.

Symmaque : forme française.

Aucun diminutif français traditionnel n’est véritablement attesté. Une famille contemporaine pourrait employer familièrement Sym, Syma ou Maque, mais ces formes seraient des créations modernes.

Il faut éviter de confondre Symmaque avec Simaque, graphie parfois simplifiée, ou avec Simplice, autre prénom pontifical antique mais d’origine différente.


Si vous appelez votre fils Symmaque…

Votre fils portera un prénom qui ne ressemble à aucun autre. Il devra probablement l’épeler, l’expliquer et rappeler qu’il ne s’agit ni d’une marque de médicament ni d’une faute de frappe dans « sympathique ».

Symmaque possède cependant une sonorité noble, antique et énergique. Son sens d’« allié » ou de « compagnon de combat » lui donne une dimension fraternelle particulièrement belle. Ce n’est pas le nom du guerrier solitaire, mais celui qui lutte aux côtés des autres.

Le prénom conviendrait à des parents passionnés par Rome, l’histoire de l’Église, les prénoms grecs ou les figures pontificales oubliées. Il est plus difficile à porter que Léon ou Félix, mais infiniment moins prévisible.

En appelant votre fils Symmaque, vous lui transmettrez une histoire longue de plus de quinze siècles. Vous lui transmettrez aussi une réponse toute prête lorsque quelqu’un lui demandera d’où vient son prénom :

« D’un pape sarde qui avait un antipape sur le dos. »


Souvenirs, souvenirs


Points importants

  • Symmaque naquit en Sardaigne et fut probablement baptisé après son arrivée à Rome.

  • Il devint archidiacre avant d’être élu pape en 498.

  • Laurent fut élu le même jour par une faction rivale, provoquant un long schisme.

  • Le roi ostrogoth Théodoric intervint à plusieurs reprises dans le conflit.

  • Symmaque dut se réfugier près de Saint-Pierre et contribua au développement d’une résidence pontificale au Vatican.

  • Il resta pape jusqu’à sa mort, le 19 juillet 514.

  • Son prénom grec signifie « allié » ou « compagnon de combat ».


Sources

  • Vatican, liste officielle des pontifes, notice de Symmaque.

  • Vatican News, « Saint Symmaque, pape », 19 juillet.

  • Encyclopédie catholique, notice historique sur le pape Symmaque.

  • AELF, lectures de la messe du 19 juillet 2026.

  • Sources linguistiques relatives au grec Sýmmachos.


Prière à saint Symmaque

Saint Symmaque,
toi qui gouvernas l’Église au milieu des divisions,
apprends-nous à demeurer fidèles
lorsque les querelles obscurcissent la vérité.

Obtiens-nous la force de défendre la justice
sans céder à la haine,
la patience d’attendre lorsque tout paraît confus
et l’humilité de rechercher l’unité.

Prie pour le pape,
pour les évêques et pour tous ceux
qui portent la responsabilité de guider les autres.

Que nous devenions, selon le sens de ton nom,
des alliés du bien,
des compagnons de ceux qui souffrent
et des artisans de paix.

Amen.



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Auriez-vous l’audace d’appeler votre fils Symmaque, ou réserveriez-vous ce prénom à un personnage de roman particulièrement combatif ?

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